Les vacances, c’est sacré. Mais c’est aussi, chaque année, l’un des postes les plus lourds de notre empreinte carbone individuelle : un aller-retour en avion peut représenter à lui seul plusieurs tonnes de CO2, soit parfois plus que le reste de notre année cumulé. Selon les données de la SNCF et de l’ADEME, un trajet en train longue distance émet en moyenne 95 % moins de gaz à effet de serre qu’un trajet équivalent en avion.
Chez GPSO Énergie, on parle beaucoup de rénovation énergétique et de sobriété à la maison… mais la même logique s’applique aussi à nos déplacements de loisirs.
Bonne nouvelle : voyager autrement ne veut pas dire renoncer au dépaysement, à l’aventure ou au repos. Cela veut surtout dire ralentir, choisir d’autres moyens de transport, et parfois (re)découvrir que le trajet fait partie du voyage.
Pour vous donner des idées concrètes et pas juste de la théorie nous avons interrogé trois collègues qui ont chacun expérimenté une façon différente de partir en vacances en limitant leur impact écologique : un voyage en famille en train jusqu’en Sicile, du cyclotourisme, et un voyage en Bretagne très bas carbone, avec une traversée en voilier…
Voici leurs récits.
En train, de Paris à Taormine, en famille
Emilie a troqué l’avion pour le rail afin de rejoindre la Sicile avec ses enfants. Un choix qui demande un peu plus d’organisation… mais qui transforme complètement l’expérience du voyage.
Qu’est-ce qui vous a décidé à faire ce trajet en train plutôt qu’en avion, surtout avec des enfants ?
Ce qui nous a vraiment donné envie, c’est la découverte du train couchette qui relie l’Italie à la Sicile : un train qui embarque littéralement sur un bateau pour traverser le détroit de Messine ! C’est l’un des trajets ferroviaires les plus originaux au monde.
L’idée d’allier voyage bas carbone et expérience hors du commun a immédiatement séduit toute la famille.
Comment avez-vous organisé l’itinéraire, réservations, correspondances, étapes en cours de route ?
Nous avons d’abord étudié l’itinéraire et la durée du train de nuit, puis décidé de découper le voyage en plusieurs étapes pour profiter de l’Italie en chemin. Premier arrêt à Milan, puis Naples. De Naples, nous avons rejoint Ischia en bateau, un vrai coup de cœur. Nous avons ensuite repris un train de nuit de Naples à Taormine, où nous avons passé une semaine, avant un nouveau train de nuit jusqu’à Rome, puis le retour à Paris.
Le moment le plus marquant de ce trajet reste sans doute la traversée du détroit de Messine : nous avons été réveillés vers 4h du matin par des bruits de machinerie, le temps que le train soit chargé sur le bateau ! Entre la surprise et les fous rires, c’était un moment assez unique. Une fois le train installé à bord, nous avons même pu monter sur le pont du bateau pour profiter de la traversée.
Concrètement, qu’est-ce que ce mode de voyage a changé par rapport à un trajet en avion classique (durée, fatigue, ambiance, moments partagés en famille) ?
La logistique est beaucoup plus souple qu’en avion : pas de contrôle de sécurité interminable, pas de limite stricte sur les bagages. À bord des trains italiens, il y avait même un service avec boissons et snacks, ce qui a beaucoup plu aux enfants. On a énormément ri en famille, surtout dans le train de nuit, où l’ambiance était vraiment particulière.
Si une famille hésite à se lancer dans un grand trajet en train, quel conseil lui donneriez-vous ?
Bien préparer son itinéraire à l’avance, voyager avec des bagages légers, et surtout rester attentif aux annonces en gare ! On a failli rater notre train à Florence parce que le quai avait changé deux minutes avant l’arrivée, et l’annonce était en italien, on ne l’avait pas comprise 😊 .
S’initier au cyclotourisme
Nabil a l’habitude de partir à vélo, sans avion et sans voiture : juste deux roues, des sacoches et le temps devant lui.
Comment en êtes-vous venu à voyager à vélo ?
L’itinérance à vélo est devenue mon type de vacances privilégié depuis la crise covid, lorsque les options de déplacements étaient plus limitées en 2020. Ce fut l’occasion pour moi de tester une autre façon de voyager, et je ne suis jamais revenu en arrière !
J’ai eu l’occasion de réaliser de courts voyages à vélo, de trois à sept jours, en France. L’occasion pour moi de redécouvrir les plaisirs du voyage local, sans traverser le globe en avion.
Comment préparez-vous le matériel et l’itinéraire (étapes, hébergements, imprévus météo) ?
Il existe de très nombreux itinéraires de voyages cyclables préconçus. Les options ne manquent pas : Eurovélos (des itinéraires balisés à travers l’Europe), véloroutes et voies vertes… On y trouve beaucoup d’itinéraires très accessibles pour les débutants, tout comme des traversées plus exigeantes pour des cyclistes à la recherche de défi ! C’est sur une portion de l’Eurovélo 1 que j’ai réalisé mon premier voyage, en partant de La Rochelle pour aller jusqu’à Arcachon, le long de l’Atlantique et à travers le marais poitevin.
Si l’on souhaite préparer des vacances à la carte, il existe beaucoup de plateformes gratuites qui permettent de réaliser un itinéraire que l’on peut ensuite suivre via un gps vélo ou avec une application mobile. A titre personnel, je me suis servi de Komoot, mais on peut aussi citer Strava, OpenRunner ou encore BRouter.
Dans ce cas de figure, voilà comment je travaille à la préparation de mon itinéraire : je pars d’abord de quelques points d’intérêts que j’ai repéré au préalable dans la région : quelques villages recommandés par des amis, un col, un lac, un château ou musée… Tout peut servir de prétexte : j’ai par exemple profité d’un voyage en direction de la Lorraine, à Bar-le-Duc, pour faire un détour par le village de Chaource afin d’y manger… du chaource, leur fromage local. Je regarde ensuite s’il existe des itinéraires cyclables dans la région car en reprendre des morceaux m’apporte la garantie de rouler en sécurité sur des chemins balisés. Enfin, je complète les portions manquantes en croisant les suggestions faites par ces outils et une carte routière (papier ou numérique) pour privilégier un maximum les routes secondaires peu fréquentées !
Une fois l’itinéraire général défini, je procède à des derniers ajustements pour m’assurer de passer à proximité de campings où je passe mes nuits. Je transporte mon matériel pour dormir (tente, matelas, sac de couchage…) dans des sacoches installées sur un porte-bagages. Le sac à dos est à bannir à vélo !
Y a-t-il eu des rencontres ou des moments marquants que vous n’auriez sans doute pas vécus en voyageant autrement ?
J’ai partagé une après-midi avec d’autres voyageurs qui allaient dans la même direction que moi. Nous avons sympathisé et roulé ensemble pour la fin de journée avant de faire une pause à la buvette d’un tournoi de pétanque organisé par le club d’un village dans l’Aube. L’une des bénévoles nous a proposé de planter nos tentes dans son jardin afin de profiter de sa douche et de recharger nos appareils pendant la nuit et nous a fait la surprise de nous préparer un petit déjeuner le lendemain que nous avons pris en sa compagnie.
Lors d’un autre voyage, mon groupe d’amis et moi avons eu la bonne surprise d’arriver à notre destination, Dieppe, un jour particulier. Nous avons appris qu’il s’y organise tous les deux ans un festival international du cerf-volant en découvrant un véritable théâtre à ciel ouvert sur la plage ! C’était une superbe conclusion pour cette escapade normande.
Ce voyage a-t-il changé votre rapport au temps, à l’effort, ou même à vos vacances « habituelles » ?
Sans aucun doute, et c’est ce que je préfère. Lorsque je voyage à vélo, la déconnexion vis-à-vis du quotidien arrive très vite. Les seules questions qui se posent à moi au cours de la journée sont : qu’est-ce que j’ai envie de manger au prochain repas ? Où se trouve la prochaine boulangerie ou épicerie sur mon chemin ? Y a t-il une rivière à coté de laquelle faire la sieste après le déjeuner ? En cela, c’est très comparable à la randonnée pédestre, mais à un rythme différent.
C’est aussi ce qui m’a réconcilié avec l’idée de renoncer aux voyages réguliers en avion. J’y ai redécouvert que le dépaysement peut se vivre à quelques dizaines ou centaines de kilomètres de chez moi seulement, sans sortir de la France ou de l’Europe.
Et un conseil pour quelqu’un qui hésite à tenter l’expérience ?
Lancez-vous ! Les guides et ressources gratuites pour choisir un itinéraire accessible et le matériel adapté ne manquent pas. Il ne vous reste qu’à trouver des compagnons de voyage si vous ne souhaitez pas partir seul, et choisir une destination ! Les EuroVélos sont toujours d’excellents choix pour un premier voyage sans prise de risque.
En bateau, en famille
Muriel a embarqué sa famille en train direction la Bretagne, et c’est en voilier plutôt qu’en ferry qu’ils ont effectué la traversée pour se rendre sur l’Ile de Groix!
Comment est née l’envie de ce périple sans voiture en Bretagne ?
J’avais envie de découvrir l’île de Groix qui avait l’air magique, au large de Lorient… Mais je n’aime pas trop conduire sur de longs trajets en voiture, alors le train s’est imposé. Nous avons pu combiner quelques nuits sur la côte près de Lorient en camping en nous y rendant grâce au réseau de bus ; nous n’étions pas très loin de la plage et avons pu randonner sur la côte.
En consultant le compte Instagram de l’office de tourisme de Lorient en préparant le voyage, j’ai vu qu’ils faisaient la pub d’un nouveau type de traversée alternatif au ferry : un voilier, pour à peine plus cher ! La traversée est un peu plus longue mais on avait tout notre temps, et surtout ça promettait d’être une super expérience ! La décision a été vite prise ! En plus, cela permettait d’avoir un voyage avec un bilan carbone au ras des pâquerettes, ce à quoi je suis forcément très sensible : je ne pouvais pas rêver mieux !
Comment les enfants ont-ils vécu cette expérience ?
Je leur avais fait la surprise, alors quand on était au port ils attendaient l’arrivée d’un ferry, et ils ne m’ont pas crue quand je leur ai dit qu’on allait embarquer sur le grand catamaran qui arrivait… Ils étaient aux anges ! C’était la première fois qu’ils montaient sur un catamaran… et l’équipage leur a proposé de participer aux manœuvres pour hisser les voiles. Une super découverte pour eux.
Et pendant la traversée, nous avons pu nous poser sur les filets, et profiter du trajet sur l’eau et au vent ! Nos bagages étaient bien à l’abri sur le pont.
Même si le voilier a dû mettre le moteur par moments pour tenir son horaire parce que le vent n’était pas bien orienté, nous avons profité du silence et de l’air marin sans l’odeur d’essence des ferries…
Bref nous avons adoré ! Et comme il n’y avait pas encore beaucoup de monde à bord, nous avons pu discuter avec les autres passagers, et avec l’équipage.
Et après nos quelques jours à Groix où tous les trajets se font facilement à pied ou à vélo, nous avons repris le voilier pour rentrer à Lorient. La gare SNCF est à quelques stations de bus de l’embarcadère… Bref, une belle opportunité de concilier voyage bas carbone et une belle aventure en famille !
Ce type de traversée commence à bien se développer sur les îles en Bretagne et ailleurs : je ne peux que chaudement le recommander !
www.baghatoup.com : traversées vers Groix et Bretagne Sud.